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Steel men

L’usine d’acier Soudalp est dans la vallée de la Maurienne en Haut Savoie près de la frontière italienne. L’année dernière Soudalp avait 127 salariés, aujourd’hui il en reste 35. L’entreprise a vu trois dépôts de bilan et a changé de mains et de nom trois fois. Elle subit la concurrence des pays de l’Est et de la Chine, donc elle sous-traite en Roumanie et licencie par paquets de neuf pour s’adapter à la mondialisation. Remorques de convoi exceptionnel, tracteurs d’avions, élévateurs de nacelles, mâchoires d’engins de démolition, supports d’échelles de pompiers sont fabriquées ici à partir de plaques d’acier épaisses de dix centimètres, pesants plusieurs tonnes.

La petite équipe de Soudalp paraît bien dans sa peau. Des salaires satisfaisants par rapport à ceux de la vallée. Il y a un sentiment d’appartenance à une classe ouvrière à l’ancienne, à l’aristocratie du travail manuel. Ils parlent de la manière dont on « dresse » une pièce comme un peintre ou un musicien parlent de leur œuvre. La chaudronnerie est l’ébénisterie de la ferraille : quand vous chauffez une pièce pour la dresser, lui donner sa forme, vous êtes l’ébéniste. En même temps le travail est physique, peu valorisé, salissant, mal payé où on laisse un peu de soi. Il est rare que tout le monde ait tous ses doigts.

J’ai photographié tout le monde assis. Il n’y a que cinq chaises dans l’usine et elles datent des années soixante-dix. J’en ai pris une. Les employés sont mal à l’aise assis car ça ne se produit rarement, ils s’assoient dans l’usine que pour mettre leurs chaussures. J’ai voulu mettre en évidence le décalage entre un environnement de travail et une posture, qui nous est parfaitement normale, mais étranger à ceux de Soudalp.

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Jean-Pierre Gevaert, chaudronnier. L’usine Soudalp à Saint Etienne de Cuines dans la vallée de la Maurienne en Savoie.