fr / eng
Extra-ordinaire

Rip Hopkins est allé à la rencontre de commerçants et professionnels qui ont un pas-de-porte.

Il les a envisagés comme des super-héros, menant une double vie : une vie publique dans laquelle ils répondent à une mission pour la société, et une vie intime, privée, domestique.

Chaque personne est donc photographiée dans un lieu public puis chez elle. Un double portrait qui pourrait montrer deux facettes d’une vie relativement normale, si les sujets n’étaient pas photographiés en héros de cinéma.

Qui n’a jamais rêvé que sa vie était un film, joué devant des caméras invisibles ? Rip Hopkins leur a proposé de se prêter au jeu. Les portraits font référence à des films fétiches.

Le résultat est étonnant. Le réel rejoint la fiction. Des vies ordinaires deviennent extra-ordinaires par le jeu de l’imagination en acte.

Rip Hopkins témoigne : « ils ont une force surhumaine (stockage des rayons et semaine de sept jours) une imagination à toute épreuve (mise en scène de leurs univers), une rapidité hors du commun (concurrence avec les autres commerçants) et une résistance à la douleur (soldes) ».

Dans la rue, au restaurant, sur les places publiques, dans les magasins, puis dans leur bain, leur cave, ou en famille, ils évoquent en présence et en mots leur passion pour le cinéma.

"La quête de l’amour qui n’existe pas" lance Stéphane, responsable d’une boutique de prêt-à-porter (son film : Quatre Mariages et un Enterrement). "Ça pourrait être moi dans une autre vie", livre Philippe, opticien (son film : Reservoir Dogs).

Est-ce le cadrage du photographe ? Les portraits semblent pris pendant le tournage d’un film. Ces Français sont vraiment cinégéniques.

On ressent toutefois quelque chose de l’ordre de la schizophrénie. Des dédoublements de l’identité en tous sens : entre la normalité et le fantasme, entre le travail et l’intimité.

"Parfois j’ai l’impression d’être partie pendant une semaine" confie Evelyne au photographe. Dans sa voiture, elle exprime pleinement son film Sur la Route de Madison. Entre le lieu qu’elle vient de quitter et celui où elle n’est pas encore arrivée, tout est possible. En réalité, elle vient de quitter son domicile pour aller à sa boutique de prêt-à-porter. Tous les jours, elle fait le voyage à Nantes.


© Pauline de La Boulaye – historienne, critique – "Le réel n’existe pas vraiment" - son film : How to Steal a Million



fermer informations

"Une angoisse qui me désangoisse moi-même" - Magda Langer - son film : Le Vent en emporte autant - vendeuse à la boutique du Lieu Unique