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Rigas cirks

Construit en 1888 et inchangé depuis, le cirque de Riga est le cirque le plus vieux du monde existant toujours dans sa forme originale. La première projection de film en Lettonie s’est tenu là en 1889 et le cirque n’a jamais arrêté ses spectacles tout au long de la tumultueuse histoire du pays. Deux tiers de ceux qui travaillent dans le cirque sont russes. Occupée par les soviétiques de 1940 jusqu’à l’indépendance en 1990, les russes représentent un tiers de la population de Lettonie (800 000 de 2 600 000). La période soviétique a été la période faste du cirque. Il y avait plus de quarante baitments de cirque à travers l’union soviétique. Encouragées, enseignées à l’école et subventionnées pendant l’ère russe, les prouesses physiques des artistes de cirque étaient emblématiques d’un nouveau monde, socialiste et courageux.

Indépendante et bientôt membre de la Communauté Européenne, la Lettonie ne subventionne plus le cirque. Depuis 2004 le cirque est revenu aux héritiers des précédents propriétaires de l’époque de sa nationalisation par les soviétiques. Situé dans le centre ville, le cirque est un bien immobilier important qui risque d’être remplacé par des immeubles de bureaux. De tous ceux que j’ai rencontré, peu étaient optimistes sur le futur du cirque. Les jeunes envisagent de vivre et travailler dans d’autres pays européens. Les plus vieux ne savent pas ce qu’ils vont faire.

© Rip Hopkins 2003

Le texte au-dessus est la présentation officielle. Ce travail est une commande de la Communauté Européenne et la multinationale française Largadère. Ils ont lourdement censuré ma version initiale qui ne convenait pas à ce qu’ils voulaient communiquer sur la Lettonie, un pays qui allait intégrer la Communauté Européenne. La Lettonie est une communauté européenne paradoxale. La moitié de la population de ce pays n’est pas lettone mais russe, biélorusse et ukrainienne : populations qui ne sont pas membres de la Communauté Européenne.

J’ai choisi de travailler sur le cirque de Riga car sous l'ère soviétique, le cirque était un élément important de communication de l’idéologie communiste où corps et esprit interagissent dans des démonstrations de prouesses physiques. Par conséquent, la majorité des gens travaillant dans le cirque est russe. Un tiers des deux millions et demi de la population est russe. La plupart d'entre eux parlent uniquement le russe et possèdent uniquement des cartes d’identité de la période soviétique. Même s’il s ont vécu dans le pays toute leur vie, voir depuis plusieurs générations ils n’ont pas la nationalité. Quand la Lettonie est entrée dans la Communauté Européenne, les russes se sont soudain retrouvés dans un pays étranger. Ils ne peuvent plus voyager dans les pays voisins, Lituanie, Pologne, Estonie car ils ont besoin de passeports européens et s’ils vont en Russie, ils ne pourront pas revenir en Lettonie pour la même raison.

Les russes, biélorusses et ukrainiens (la moitié de la population de Lettonie) sont essentiellement prisonniers dans leur propres pays. Aujourd’hui ils ont deux possibilités : soit ils obtiennent la nationalité lettone ce qui est extrêmement difficile à cause de la réglementation européenne, soit ils quittent définitivement la Lettonie pour leur pays d’origine que la plupart d’entre eux n’ont même jamais connu. La nouvelle langue Lettone requise dans certains secteurs d’emploi et la soudaine réalité pour ces russes « mono-langues » qui se retrouvent étrangers chez eux engendre une vague d’émigration. Les jeunes qui travaillent dans le cirque de Riga rêvent de partir en France ou en Allemagne où les subventions sont disponibles alors que la vieille génération est très inquiète pour l’avenir.

© Rip Hopkins 2008

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Olga Guseva dans les étables du cirque de Riga. Elle a 18 ans. Elle est gymnaste Russe, elle travaille dans le cirque depuis 3 ans.