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Nimule

Nimulé ?. Dinka ? Nuer ? Shillouk ? Mais de quoi parlez-vous ? De qui ? C’est où le Soudan ? Mais pourquoi dites-vous Sud Soudan ? Pourquoi me parlez-vous de choses que je ne comprends pas, que je ne connais pas, dont on ne me parle jamais ? Encore de réfugiés, encore des personnes déplacées, encore de la guerre, des armes, des enfants dans le malheur. Comme si, partout, l’horreur se répétait à l’envi. Comme s’il y avait trop de ces drames pour que je puisse tenir le compte de tous. Et vous me dites que cela dure depuis un demi-siècle là-bas. Et je ne le sais pas. Peut-être pourtant que je l’ai su un jour, avant que d’autres bombardements, d’autres famines, d’autres exils, ailleurs, viennent prendre la place de cette information que le temps a noyée dans la litanie des causes perdues d’être trop longtemps restées sans solution. Pourtant je veux savoir, je dois voir, pour que ma conscience élargisse le champ de ses indignations. Pour me convaincre encore tristement de la dérision de mes colères et tenter malgré tout, parce qu’un homme vaut n’importe quel homme, qu’il faut au moins dire qu’on sait et faire savoir en cultivant l’espoir que chacun retrouvera sa maison lorsque les armes se tairont. Je veux voir, j’ai vu, je sais et je le dis. Je le répète. Je rêve que l’écho et le vent emportent les mots jusqu’à Nimulé puisque, maintenant, je sais où c’est.

© Christian Caujolle

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