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Galerie Le Réverbère - Lyon (2007)

"Trait pour trait" est une sélection de portraits en couleur et en moyen format réalisés depuis 2000.
Le portrait est le genre de commande privilégié par les institutions et les journaux. La contrainte principale est de montrer le visage de la personne photographiée et son environnement. Comment détourner ce caractère officiel ? Ce qui m’intéresse dans cette procédure est le rapport entre la personne photographiée et son environnement, et le rapport de cette même personne avec moi.

La prise de vue se passe en cinq temps :

La rencontre pour comprendre la personne photographiée afin d’établir une confiance mutuelle et pour estimer les limites de sa patience et de ses envies.

Le choix d’un lieu qui réprésente le contexte de vie de la personne et qui a un intérêt visuel pour moi.

Le point de vue, c’est-à-dire mon positionnement par rapport au lieu et sa transformation par l’éclairage.

Le positionnement de la personne dans le lieu, donc l’articulation entre les deux.

Enfin, il reste l’essentiel, c’est-à-dire le rapport entre la personne et moi lors de la prise de vue. Ceci est la partie la plus difficile, car elle n’est pas tangible. Il s’agit de créer un moment intime, même si il y a des personnes autour, et de capturer l’essence de la personne - son âme.

Le résultat est une image d’une réalité telle que je la vois, ou plutôt, d’une réalité telle que je l’interprète.

Le choix du titre évoque à la fois une reproduction trait pour trait de la réalité et une forte influence du dessin et de la peinture dans ma construction de l’image - puisque mon regard s’est construit à travers l’observation des œuvres d’art.

A l’origine du mot portrait : pourtrait était le participe passé du verbe portraire qui voulait dire dessiner.



Trait pour trait



Delphine Balley (française née en 74) et Rip Hopkins (anglais né en 72) sont photographes : l’une interprète et met en scène des faits divers qui deviennent des légendes échevelées, l’autre débusque dans la réalité de ses modèles (ouvriers de la Maurienne, employés du Musée d’Orsay, Sophie Calle…) ce qui légende une histoire particulière. Chacun paraît utiliser une méthode aux antipodes : l’une totalement engagée dans une mise en scène imaginaire, l’autre entièrement à l’écoute et à la perception du réel mais on sait bien que ce qui suscite une méthode, c’est l’objet de la recherche, et que les apparences sont trompeuses. Il faut avant tout cheminer dans les univers de chacun, nous sommes conviés à être des herméneutes. Alors les oppositions d’apparence vacillent et mettent en évidence que les perceptions de Delphine Balley et Rip Hopkins interrogent la mise en scène du réel et les glissements de la réalité qui ne sont, au fond, qu’une construction fictionnelle que chacun de nous interprète. Les personnages portraiturés dans ces deux œuvres, malgré leur différence de procédures, sont les acteurs d’une seule mise en scène, celle d’une « Conversation avec le temps ».

© Jacques Damez 2007



Trait pour trait





trait pour trait