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Galerie Le Réverbère - Lyon (2005)

Tadjikistan & Ouzbékistan par Jacques Damez, galerie Le Réverbère

Tadjikistan. Ouzbékistan. Deux pays d’Asie Centrale créés de toutes pièces par le régime soviétique. Deux pays-patchwork où se mélangent les peuples : au Tadjikistan, les ethnies cohabitent dans une paix précaire; en Ouzbékistan, les « immigrés malgré eux » rêvent de retrouver leur nation originelle. C’est pour redonner la parole aux oubliés et aux méconnus que Rip Hopkins a réalisé en 2001 la série Tadjikistan Tissages, faisant ainsi écho au tissu même de la population. Pour sa série suivante, Déplacés, le photographe a passé plusieurs mois en Ouzbékistan afin de témoigner, une fois encore en couleur et au moyen format, de sa «fascination devant cette mosaïque sociale». Chez Rip Hopkins le monde est en attente, suspendu, arrêté par les quatre côtés du cadre qui en définit les limites. Tout est tenu dans le rectangle de la visée sans démonstration bruyante : juste l’enregistrement des chuchotements de l’espace, des présences et de leurs échos. Le monde devient un décor dans lequel vivent des personnages si parfaitement inscrits en lui qu’ils semblent être les acteurs d’une mise en scène.

Rip Hopkins se saisit du réel en ayant toujours un pied dans sa fiction personnelle, fiction organisée par la couleur, le décoratif, la frontalité, l’abstraction des échelles de plan. Cette structure du regard lui permet de donner de la liberté aux personnages de ses images et ainsi de relever la profonde humanité de chacun d’eux. L’impression de décor renforce l’isolement, la solitude, l’étrange présence au monde des hommes, des femmes qui sont là, installés dans les photographies. Sous l’ordre d’un temps hiératique les regards croisés des acteurs - jouant leur propre rôle – nous assignent à résidence, nous ne nous sentons pas les regardeurs mais bien les regardés. Lorsque les regards sont tournés nous avons le sentiment de pénétrer une parenthèse qui n’a pas été ouverte pour nous. Mais toujours la plénitude et le calme des cadrages indiquent que chaque photographie est le résultat d’un échange, d’une connivence qui, apparemment simple, laisse deviner une longue recherche du point d’équilibre qui permet que s’installe l’évidence. Dans les images du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan, l’exotisme et le kitch auraient pu devenir le sujet, le réel aurait pu brûler l’image même, or rien de cela, bien au contraire grâce à une grande retenue accompagnée de pudeur et de justesse, Rip Hopkins nous offre des photographies où la couleur et la lumière sont organisées pour saisir ses déplacements intérieurs.



Tadjikistan weaving





Déplacés