fr / eng
VU' à Paris

Panini Books - 2006

Preface : Christian Caujolle - Texts : Magali Jauffret - Photographs : 18 Agence Vu photographers

285 x 225mm (HxL) - 300 photographs in colour and duotone (Français)

ISBN : 2845387121

acheter ce livre

dossier de presse (pdf)

“VU’ à Paris” c’est une campagne de prises de vues unique et singulière qui invite à une nouvelle perception du Paris d’aujourd’hui, qui poursuit une double ambition : regarder la capitale autrement en modernisant son image nostalgique qui domine bien souvent, mais aussi, faire le point sur l’état de la photographie documentaire actuelle.


Extrait de péface de Christain Caujolle, directeur de l’agence VU

“(...) Tout a bien changé depuis le temps où, aux débuts de la photographie, l’image argentique ne pouvait présenter la ville que sous la seule collection de ses monuments qu’elle approchait frontalement. Tout s’est complexifié, en termes d’urbanisme comme de populations et il est vain de tenter de décrire la cité, puisque nous ne connaîtrons pas mieux. Que je sois passé cinquante fois, au moins, par Bangkok, ne m’autorise pas à dire que je connais une ville que l’on ne saurait réduire à ce qui en est montré. (...) Doit se poser, alors, la question actuelle de la fonction des photographes, qui représentent des espaces, des lieux, des monuments, l’activité d’une rue, un moment de l’actualité, des passants et des acteurs et qui, sans le vouloir, figent et imposent l’image d’une ville qu’ils s’approprient.

New York et Paris ont été, incontestablement, les villes les plus photographiées, peut-être parce qu’elles étaient, au-delà de leur indéniable importance, plus photogéniques que d’autres en raison de leur architecture à l’époque où la photographie se donnait pour objectif de reproduire, puis de traduire l’espace.

Reste la question de Paris, de ce Paris contemporain, celui dans lequel je me déplace et vis et que je ne retrouve que trop rarement dans les images qui m’en sont proposées. L’expérience de la librairie, sur ce sujet, a été déprimante. Il n’existe aujourd’hui que deux types de livres consacrés à la “ville lumière” qui ne génère guère de textes littéraires conséquents à confronter à ceux qui furent produits dans les années trente ou cinquante. Paris, en images et sur papier couché, se résume à cette caricature d’elle-même qui la situe entre compilation de cartes postales en couleur pour faire semblant de dire aujourd’hui et absolue nostalgie en noir et blanc d’un monde disparu qui se repaît des années cinquante. Il est évident que Doisneau, Boubat, Ronys, ou Izis, ont célébré la ville en produisant des icônes pertinentes au temps où les Halles étaient “le ventre de Paris”. Et il est intéressant de comparer leurs images friandes d’anecdotes à celles qu’ont pu produire, dans la même période, des étrangers. Je pense, entre autres, au Paris qu’inventèrent Strömholm ou Van der Elsken, entre Pigalle et Saint Germain des Près, immergés dans des groupes, ignorant toute approche anecdotique, cultivant la proximité aux gens avec une générosité qui donne le sentiment d’un regard autrement plus “moderne” que celui des photographes parisiens aujourd’hui versés au passé et à l’histoire.

Je me souvenais de ces deux regards venus du Nord lorsque nous avons conçu la campagne photographique sur Paris qui devait être l’un des moments forts du vingtième anniversaire de VU’. Il était clair que seule une confrontation de regards contemporains, internationaux et d’une grande diversité d’écriture pourrait questionner le Paris d’aujourd’hui, en cerner les enjeux, les transformations, le cosmopolitisme, les espaces et la circulation. (...) En rassemblant toutes ces approches, chacune construite avec une réelle cohérence propre à chacun des auteurs, se dessine, plus que jamais, une ville collage, mosaïque, qui sait nous réserver des surprises, pour peu que nous sachions regarder et être attentifs.

Et c’est là, avec une grande diversité de propositions esthétiques, qu’éclate l’évidence de la fonction que peut continuer à avoir la photographie, pour peu qu’elle soit pratiquée avec une réelle exigence. Outre qu’elle nous étonne en saisissant des instants, des visages, des situations que nous sommes incapables, au quotidien, de décrypter ou même de voir, elle met en évidence non pas un espace qu’elle célèbrerait, mais bien des déséquilibres, des étrangetés et une diversité qui ne peut qu’interroger l’identité de la ville aujourd’hui.

Paris est-il à la Pyramide du Louvre ou Place Clichy, dans le dédale de Roissy, à la Gare du Nord, dans un envol de pigeons Porte Saint Denis, sur la passerelle d’un défilé de mode à l’Ecole des Beaux-Arts ou dans l’atmosphère enfumée d’une minuscule café fréquenté uniquement par des habitués ? Nulle part, finalement, et un peu partout, tant ces mondes coexistent, souvent sans se voir ni se croiser vraiment. Sans dialoguer dans une de ces cités contemporaines qui se caractérisent bien souvent par la solitude de ceux qui les peuplent.

Le fait que les propositions visuelles balaient le champ des pratiques contemporaines de la photographie, du documentaire se situant dans une tradition “classique” à des recherches pures, entre autres sur la couleur, rend encore plus perceptible ce cloisonnement de la ville, dans ses diversités. Il y a là des manières de voir qui nous disent que la curiosité du regard est une exemplaire façon d’interroger le réel aujourd’hui. Quitte à le mettre en crise ou en doute, ce qui se révèle toujours salutaire, au bout du compte.

fermer informations



Couverture